Heureux les doux
Zacharie 9, 9-10
Psaume 144
Romains 8, 9-13
Matthieu 11, 25-30
Le cadre
Le message d'aujourd'hui surprend, bien qu'il soit connu
: Dieu est doux et humble de coeur (évangile). Il
y a une contradiction entre l'image rémanente de
la grandeur d'un roi, de la gloire d'un règne (psaume)
et la vision d'un roi humble monté sur un petit âne
(1ère lecture).
De plus cette révélation biblique qui nécessite
une difficile conversion des sages et des savants, ce pourquoi
elle leur reste cachée, est par contre accessible
aux tout petits. Les enfants y sont sensibles, surtout lorsqu'ils
éprouvent leur infériorité en âge,
ou leur faiblesse vis à vis des plus grands et des
plus doués.
D'emblée un signe peut donc être proposé
dans cette célébration de la Parole : place
aux plus petits, dans l'accueil, dans la parole qui leur
est adressée, dans les gestes proposés, éventuellement
aussi dans les services à assurer comme la procession
des offrandes.
Le sujet
Jésus
est doux et humble de cœur
Il le dit de lui-même, et nous le reconnaissons comme
notre Dieu, notre Roi et Seigneur.
La phrase affichée : " Venez à moi, devenez
mes disciples, car je suis doux et humble de cœur "
(Mt11).
L’ancrage liturgique
la disponibilité
Quelle est l'attitude des fidèles rassemblés
pouvant le mieux traduire la douceur et l'humilité
de coeur auxquelles le Christ Jésus les invite ?
Est-ce se frapper la poitrine à la prière
pénitentielle ? Baisser le regard et s'incliner à
la Consécration ? Ajouter une génuflexion
avant de communier ?
A la messe, acte essentiellement communautaire, se distinguer
individuellement dans ce domaine est mal venu et ostentatoire.
Vouloir montrer son humilité est un contre témoignage.
C'est pourquoi à la question initiale (quelle est
l'attitude des fidèles traduisant au mieux douceur
et humilité de coeur ?) la réponse donnée
ici est : être ensemble attentif et disponible, sans
se distinguer. C'est une attitude de fond qui n'est pas
liée à un moment particulier quoiqu'elle puisse
s'appliquer très concrètement quand un déplacement
est proposé, un service demandé, ou lorsqu'un
incident vient perturber la célébration. Douceur
et humilité d'une assemblée qui apprend de
son Seigneur à se laisser déranger par les
pauvres (et par les enfants…), à réagir
sans colère, voire à refuser un service inopportun
ou déplacé.
L'animateur s'efforce de faire comprendre aux enfants cette
exigence évangélique de douceur et d'humilité
de coeur, à partir des événements précis
qui peuvent se produire dans l'assemblée.
La lecture
l'évangile selon saint Matthieu, chap.11, 25-30.Il est nécessaire d'expliquer, en introduction, un mot difficile : le joug (cf. Prenez mon joug). Si possible visuellement (dessin ou photo ancienne d'attelage d'animaux de traits). L'analogie utilisée par Jésus sera ainsi plus parlante.
L’action
Les deux premières béatitudes ont été reproduites chacune sur une banderole. " Heureux les pauvres de coeur : Le Royaume est à eux ! Heureux les doux : Ils obtiendront la terre promise ! " (Mt 5).Les enfants les décorent, les colorent à leur goût. L'animateur veille à répartir les lettres et les espaces si les enfants sont nombreux.
Ces banderoles sont apportées dans l'église et déployées bien en vue par le groupe qui rejoint l'assemblée des adultes pour l'Eucharistie.
Le déroulement
. Accueil
attentif des plus petits.
. Chant : " Au plus haut du ciel " C221.
. Rite d'ouverture.
. Chant de l'Alléluia encadrant la lecture par un
enfant (un des plus petits qui sait lire) de la phrase affichée
: " Venez à moi, devenez mes disciples, car
je suis doux et humble de coeur. "
. Lecture de l'évangile. Mt 11, 25-30.
. Commentaire sur la façon d'être ensemble
doux et humble de coeur en célébrant (Cf.
le point d'ancrage).
La préparation
. La phrase à afficher : " Venez à moi,
devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur.
"
. Deux banderoles, avec les deux premières Béatitudes
: " Heureux les pauvres de coeur : le Royaume est à
eux ! " / " Heureux les doux : ils obtiendront
la terre promise!"
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus
prit la parole : " Père, Seigneur du ciel et
de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché
aux sages et aux savants, tu l'as révélé
aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans
ta bienveillance. Tout m'a été remis par mon
Père ; personne ne connaît le Fils sinon le
Père, et personne ne connaît le Père
sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du
fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur
vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et
humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre
âme. Oui, mon joug est facile à porter, et
mon fardeau, léger. "
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Parole en plus
Comment comprendre cette opposition si fréquente dans les textes bibliques dont on peut relever plusieurs exemples frappants dans les lectures de ce dimanche ? Ce roi victorieux monté sur un âne qui annonce selon Zacharie la venue du messie (1ère lecture). Le psaume 144 qui présente le Seigneur de tendresse et de pitié, plein d'amour pour toutes ses œuvres, alors que la terre est le lieu de combats acharnés, ne serait-ce que dans la nature où une rivalité implacable entre les espèces donne cet équilibre et ce charme fragile du monde végétale et animale. Ou encore "Le Seigneur redresse les accablés…", ce qu'on a du mal à constater dans tant de situations désespérées. Quant à Jésus il affirme que son joug est facile à porter, et son fardeau léger, alors qu'il entraîne ses disciples sur son chemin de croix. Ces oppositions choquantes sont-elles seulement à situer dans une culture du paradoxe, héritée de la langue hébraïque ? Il faut stimuler l'espérance du petit peuple hébreux, un petit reste souvent exilé et malmené. Certes, lorsque on se considère comme moins que rien, on a plaisir, ou du moins ça réconforte, d'entendre que les savants finalement ne savent rien et que les petits ont tout compris du mystère de Dieu, par révélation. Nos vies ne sont-elles pas marquées aussi par des paradoxes étonnants, par exemple : c'est en donnant que l'on reçoit, comme chacun a pu le constater un jour ou l'autre. Les faux dieux des richesses et du pouvoir ne procurent pas le bonheur. La Fontaine ne disait pas mieux dans sa fable Le savetier et le financier. En bref, au-delà du procédé littéraire du paradoxe qui attire l'attention et la curiosité, la Parole de Dieu provoque et invite à un retournement : choisir l'Esprit du Christ, son humilité de fils de Dieu, son abaissement devant les autres, comme le dit la prière d'ouverture de la messe de ce jour. Choisir son fardeau, son joug, source de joie. Etre en phase avec ce Seigneur de tendresse et de pitié, lent à la colère , plein d'amour, doux et humble de cœur. Le temps après la Pentecôte, avec l'été, les vacances, la détente, est favorable à ce retournement où le cœur de l'homme s'ouvre à l'Esprit Saint.

